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Abécédaire de la musique cubaine

La musique cubaine constitue un héritage culturel majeur, né de la rencontre entre les traditions africaines et européennes. Ce métissage historique donne naissance à des genres musicaux et des instruments uniques au monde. Ce glossaire détaille les termes essentiels pour comprendre les rythmes, les danses et les figures emblématiques de l’île. Plongez dans les origines du boléro, du cha-cha-cha et du son cubain.

La rédaction Trvlr : Rédaction

Publié le 14 juin 2011 ; mis à jour le 5 septembre 2026 ; 7 min de lecture

Musiciens cubains jouant des percussions traditionnelles dans la rue

La société secrète Abakwa se développe à Cuba vers 1820, sous l’impulsion des populations noires venues du Calabar, également appelé Carabali. Il ne s’agit pas d’une religion, mais d’une association fermée, exclusivement réservée aux hommes initiés et liés par un serment.

01L'essentiel
Où
À Cuba, dans toutes les provinces de l'île.
Quand y aller
Toute l'année, notamment pendant le carnaval de Santiago de Cuba et de La Havane en juillet.
Durée conseillée
Le temps d'une soirée ou d'un festival musical.
Budget indicatif
Variable selon les établissements et les concerts.
Pour qui
Pour les amateurs de musiques du monde, de danse et d'histoire culturelle.
Le geste Trvlr
Prenez le temps d'apprendre à écouter la clave, ce rythme fondamental de la musique cubaine, pour mieux ressentir la dynamique des morceaux.
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02Où c'est
23° 07' N · 82° 22' O
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Au sommaire (5 parties)
  1. 1.Racines et influences culturelles
  2. 2.Instruments traditionnels
  3. 3.Genres musicaux et danses
  4. 4.Événements et formations
  5. 5.Figures emblématiques de la musique

Racines et influences culturelles

La société secrète Abakwa se développe à Cuba vers 1820, sous l’impulsion des populations noires venues du Calabar, également appelé Carabali. Il ne s’agit pas d’une religion, mais d’une association fermée, exclusivement réservée aux hommes initiés et liés par un serment. L’organisation socio-politique correspond à celle des hommes léopards, le terme Ekwe signifiant léopard en langue Efik ou Ekoi. Ces initiés sont les gardiens sévères du dialecte et du rituel plante, décrit par Alejo Carpentier comme une sorte de franc-maçonnerie populaire. À Cuba, on les appelle les petits frères ou nanigos, et leur musique rituelle ainsi que la danse abakwa ont fortement influencé la rumba.

L’Afrique constitue, avec l’Europe et particulièrement l’Espagne et la France, le berceau de la musique cubaine. Environ mille Africains se trouvent à Cuba dès 1513, l’île devenant depuis cinq siècles le lieu où se croisent les chants et les danses. L’Afrique de l’Ouest, spécialement les pays du golfe de Guinée comme le Togo, le Bénin et le Nigeria, représente le berceau des nombreuses nations Yoruba, Nago, Egba, Ijesa et Ewé.

Le peuple Arara de l’ancien Dahomey apporte également ses chants et ses danses dans la province de l’Oriente, suite à la révolution haïtienne de 1791. Les Arara sont apparentés aux peuples Ewé, Fon et Mahi. Leur culte foddun est très proche du Voddun yoruba en Afrique et du vaudou en Haïti.

Pendant cinq siècles, les cabildos fonctionnent comme des associations d’entraide et de secours. Elles réunissent les populations noires selon leur origine africaine. On distingue notamment les cabildos Lucumi pour les Yoruba, Arara, Carabali pour les habitants du Calabar, ou Congo Reales pour les Angolais. Un grand nombre de ces groupes se met sous la protection des saints catholiques pour préserver leurs traditions.

Instruments traditionnels

Le terme bata désigne un ensemble de trois tambours sacrés permettant la communication entre les adeptes et les divinités appelées orishas. En forme de sablier, ils sont munis d’une peau de taille différente de chaque côté, ce qui les rend bimembraphoniques. Chaque peau produit ses propres sons, reproduisant par cette polyphonie une façon de parler inspirée de la langue Yoruba. Fabriqués selon un rituel complexe, leur apprentissage dure de nombreuses années.

L’Okonkolo, le petit tambour ou le fils, se situe dans le registre aigu. L’Itotele, le moyen, le père ou le roi, joue dans le medium. L’Iya, le plus grand ou la mère, est entouré de sonnailles et improvise dans le grave. Les batas sont parfois accompagnés ou remplacés par des shékérés, également nommés abwès. Au Nigeria, ils continuent d’être joués pour que les croyants chantent, dansent et soient chevauchés par leurs dieux.

Les bongos se composent de deux petits tambours de peau de taille différente reliés entre eux. L’aigu représente le mâle et le grave la femelle. Le musicien joue assis, l’instrument tenu entre les genoux, en utilisant les doigts, le pouce, des claqués et des sons ouverts. En dehors de figures rythmiques précises comme le martillo pour accompagner les sones, le bongocero improvise souvent librement. Ce musicien doit également jouer la campana, qui est une cloche, et le guiro, un racloir.

La botija, ou botijuela, est un pot de terre ou une cruche en argile servant initialement au transport de l’huile. Les musiciens soufflent à l’intérieur pour obtenir un son de basse très utilisé dans le son. Cet instrument est parfois remplacé par la marimbula. Le cata est quant à lui une tumba en forme de tronc évidé que l’on frappe avec des baguettes, les palos ou palitos, représentant l’équivalent du ti-bois antillais. Ses coups réguliers s’entendent dans le rythme yuka d’origine congo, ou dans le yambu et le guaguanco de la rumba.

Les claves sont deux petits bâtonnets de bois que l’on entrechoque. Ils donnent le rythme de base de nombreux rythmes cubains, en mesure de deux pour trois ou de trois pour deux. Comme le veut le dicton, au commencement était la clave. Elle définit la cellule rythmique autour de laquelle s’articule tout le morceau.

Les couplets, refrains, breaks et improvisations s’exécutent par rapport à la clave. Composée sur deux mesures, elle comprend une partie forte de trois coups et une partie faible de deux coups, ou l’inverse. Bien qu’elle ne commence pas toujours sur le premier temps, elle souligne les temps forts de la pulsation de base une fois lancée. Un solo de timbales peut cependant se jouer tout à fait librement sur une clave différente de celle des premiers couplets.

Genres musicaux et danses

Le terme areito désigne le chant et la danse des Taïnos, les indiens des Antilles. Le mot baila regroupe en espagnol toutes les danses inséparables de la musique et des chants cubains. Cela englobe la conga de carnaval, le boléro, la rumba, le danzon, le cha-cha-cha et le mambo.

L’invention du boléro est attribuée à Zereto en 1780. Cette danse suit une mesure de deux quarts ou de trois quarts et s’accompagne de castagnettes, de la guitare et du tambour de basque. Curt Sachs précise dans son ouvrage Histoire de la danse, paru chez Gallimard en 1938, que la femme s’esquive, se rapproche et s’échappe à nouveau. La fougue du fandango s’y calme pour devenir une douce et cajoleuse flatterie marquant le triomphe de la tendresse.

D’origine espagnole, cette ballade invitant à la rêverie naît véritablement à Cuba avec le titre Tristeza de José Sanchez en 1883. Ce genre sentimental arrive vers 1880 à Santiago de Cuba en Oriente, la province la plus à l’est, avant de se répandre en Amérique latine comme la danse des amants. L’album Buena Vista Social Club en offre deux interprétations magistrales avec les titres Dos gardenias et Veinte años. Associé au son qui fait danser, il donne naissance au boléro-son, un genre avec une partie lyrique suivie d’une autre plus rythmée, lancé par le trio Matamoros entre 1925 et 1960.

La conga désigne un rythme et une danse de carnaval remontant au dix-septième siècle, devenue une danse de salon dans les années trente. Le terme s’applique aussi à un orchestre ambulant accompagné d’un groupe de danseurs des rues. Les congas sont également le nom donné par les Français aux tumbadores, des tambours allongés en forme de fût et recouverts d’une peau. Ils existent en trois tailles principales et leurs noms changent selon les rythmes joués : cachimbo, mula, caja, quinto, tres golpes, salidor ou rebajador. Dans la rumba, la plus petite taille improvise tandis que les deux autres marquent le rythme de base.

Le cha-cha-cha adopte un rythme plus lent et carré que le mambo. Ce dérivé du danzon, de la contradanza et du mambo évoque le glissement des pieds des danseurs sur le sol. Le rythme est créé en 1949 par Enrique Jorrin avec La Enganadora, le premier tube du genre. Suivra El Bodeguero, composé par le flûtiste Richard Egües pour l’Orquesta Aragon. Le cha-onda est pour sa part une salsa psychédélique créée dans les années soixante par l’Orchesta Aragon, reprenant des succès rock comme Black is Black de Los Bravos.

La contradanza est une danse de salon introduite à Cuba à partir de la fin du dix-huitième siècle. Elle est issue de la contredanse française apportée par les colons espagnols et français venus d’Haïti en 1791 et de Louisiane. Elle donne ensuite naissance au danzon créé en 1879.

Événements et formations

Le carnaval constitue un événement du folklore très populaire sur l’île depuis son retour en 1996. Les différentes comparsas s’en donnent à cœur joie en défilant dans les rues. On l’entend particulièrement à Santiago de Cuba et à La Havane à l’approche du 26 juillet. La fête des rois mages, ou Dia de Reyes, revêt également une importance capitale parmi les nombreuses cérémonies de l’île.

La comparsa est un ensemble de percussions attaché à un quartier qui prépare ses costumes, ses chants et ses danses pour défiler au carnaval. Alejo Carpentier la décrit comme un véritable ballet ambulant plutôt qu’une simple marche rythmique collective. Les comparsas suivent des thèmes précis. Un scorpion ou un serpent représenté par une figure de grande taille, portée par un danseur expérimenté, sert de ligne directrice à toute une action accompagnée de chants.

Le terme charanga désigne les orchestres qui jouent le danzon. La charanga de Los Van Van intègre notamment des instruments électriques et des influences rock. Le groupe du violoniste Enrique Jorrin, de l’Orquesta América, et du joueur de güiro Gustavo Tamayo, remplace les cuivres par les violons et privilégie la flûte au sein de sa formation.

Figures emblématiques de la musique

Benny Moré, célèbre chanteur et compositeur de 1919 à 1963, reste une figure culminante de l’histoire du son. Il crée en 1953 la Banda Gigante, dont l’impact lui vaut le surnom de Barbaro del ritmo. Le titre Rumberos de ayer témoigne avec évidence de son talent musical.

Chano Pozo est un célèbre percussionniste initié aux secrets Abakwa. Avec Dizzy Gillespie, il crée de grands classiques du latin-jazz tels que Manteca et Tin tin deo. Après son enfance à La Havane, il exerce plusieurs petits métiers et devient directeur musical dans une station de radio en 1936, formant le Conjunto Azul avec Chapotin. Installé à Harlem en 1946, il joue et enregistre avec le grand orchestre de Gillespie, avec Fats Navarro ou Art Blakey. Il meurt en 1948 à l’âge de trente-trois ans, assassiné dans un bar de Harlem.

Francisco Repilado, alias Compay Segundo, naît en 1907 à Siboney et s’impose comme la mémoire vivante du son cubain. Il invente l’harmonico, un instrument hybride entre le tres et la guitare, muni de sept cordes au son caractéristique. Avec Lorenzo Hierrezuelo, le Primo Compay, il fonde dans les années quarante le duo Los Compadres. Il accède à la reconnaissance internationale avec l’album Buena Vista Social Club, et son tube Chan Chan fait le tour du monde. Jusqu’à l’âge de 93 ans, il continuait à sortir des albums et des compilations, inspirant de nouveaux groupes comme Orishas.

Le Buena Vista Social Club est un film culte réalisé par Wim Wenders en 1999. Les Social Club étaient à l’origine des cercles mondains où les ethnies se mélangeaient guère. C’est également le titre d’un album exceptionnel réunissant de vieilles gloires du son et du boléro telles qu’Omara Portuondo, Ibrahim Ferrer et Compay Segundo. Produit par le guitariste Ry Cooder à La Havane en mars 1996, cet enregistrement devient le disque le plus vendu de l’histoire de la musique cubaine.

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